Blog de Joël Gombin

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Obama

Posted by joelgombin sur 21 janvier 2009

Je ne vais évidemment pas me désolidariser de l’Obamania ambiante. Comme tout le monde, sa campagne, son élection et son investiture hier m’ont ému et enthousiasmé.

Il me semble néanmoins que, contrairement à ce que beaucoup semblent croire, ce qui fait la force d’Obama n’est la rupture mais au contraire sa très grande continuité. Je m’explique : il me semble (sur une base pifométrique, je l’avoue) que la rhétorique d’Obama s’inscrit complètement dans le champ  sémantique américain classique, celui d’une nation prophétique, celui de la fidélité aux Pères fondateurs (il l’a rappelé hier), celui du leadership du monde, celui d’un discours moraliste… Mon hypothsèe est que, si le discours d’Obama rencontre un tel écho, c’est précisément parce que, comme Roosevelt ou Kennedy avant lui, il a su revitaliser ce discours, celui de l’American Dream, lui redonner une crédibilité, un attrait pour une grande partie des Américains. Comme Martin Luther King, Obama n’appelle pas à rompre avec la tradition, mais au contraire à la revitaliser, à lui redonner un sens.

Un élément de confirmation de cette hypothèse se trouve dans le nuage de mots du discours d’investiture d’Obama que propose le New York Times. En effet, « nation » est le mot le plus utilisé par le nouveau président dans son discours, suivi par « America » puis par « people ».

Cet outil est d’ailleurs passionant, puisqu’il permet de survoler tous les discours d’investiture depuis celui de George Washington. On s’aperçoit notamment que, durant la seconde moitié du vingtième siècle, dans leurs discours d’investiture, les présidents démocrates parlent surtout de la « nation » (comme Truman, Kennedy, Lyndon Johnson, Jimmy Carter ou Obama – seul Clinton semble faire exception), tandis que les présidents républicains évoquent le « government » (pour en demander la diminution ?) et la « freedom » ou « liberty » (cf. Eisenhower, Reagan, Bush fils – le pattern est moins net ici, et Nixon ou Bush père apparaissent comme des exceptions).

Ce survol très rapide et superficiel me semble permettre de sentir, un peu, la manière extrêmement différente dont le débat politique se structure des deux côtés de l’Atlantique. De quoi, pour le moins, relativiser les propos de Ségolène Royal (j’avoue, j’ai d’abord cru à une blague…).

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Elections US, J-6

Posted by joelgombin sur 29 octobre 2008

Les Américains votent dans moins d’une semaine. Tous les sondages, qu’ils portent sur le « vote populaire » ou qu’ils prennent en compte les grands électeurs, donnent Obama gagnant, même s’il est vrai que l’écart est moins spectaculaire qu’il ne l’était il y a quelques jours. Pourtant, beaucoup de gens s’interrogent sur les chances réelles de gagner d’Obama (au-delà de sa capacité à échapper à un assassinat), en particulier à cause du facteur racial.

Une étude menée par des chercheurs de UCLA et de Stanford permettent d’apporter des éléments de réponse à cette question. Il s’agit d’une étude par panel (c’est-à-dire qu’on a réinterrogé le même échantillon d’électeurs à plusieurs reprises dans le temps), d’une ampleur assez impressionante : 20.000 enquêtés, six vagues, depuis décembre 2007 jusqu’à après les élections du 4 novembre. Cette méthodologie nous permet d’en apprendre beaucoup sur l’évolution des préférences affichées des individus au fil du temps, sur le rôle de la campagne, etc. Une partie de l’étude est dédiée à la question de « l’antipathie raciale » envers les Afro-Américains, le but évident étant de mettre celle-ci en relation avec les préférences politiques déclarées. Cette antipathie raciale est mesurée à partir de questions sur les allocations dont bénéficient les Noirs, la discrimination positive, la comparaison avec d’autres minorités ethniques, etc (le détail des questions peut être trouvé à la page 107 de ce livre).

L’impact de ce rapport à la race semble important, comme le soulignent les auteurs de l’étude : il existe un lien fort entre antipathie raciale et choix entre Obama et Hillary Clinton à la primaire parmi les électeurs enregistrés comme démocrates. Plus l’antipathie raciale est forte, moins les électeurs démocrates se portaient vers Obama.

On se souvient que les commentateurs ont beaucoup dit que ces électeurs blancs quelque peu racistes qui avaient choisi H. Clinton préfèreraient voter McCain plutôt qu’Obama. Cela concernait, d’après l’étude, pas moins de 31 % des électeurs qui avaient choisi Clinton dans la primaire.

Là où ça devient intéressant, c’est qu’on apprend que seuls 19 % de ces électeurs (les 31 %) continuent à tenir ce discours aujourd’hui. Plus des deux tiers déclarent qu’ils voteront Obama. Cette donnée suggère que le cours de la campagne, et notamment le fait que le focus se soit déplacé de l’affrontement au sein des démocrates à l’affrontement entre démocrates et républicains, a renforcé le poids des allégeances partisanes, de sorte que chacun revient à son camp initial. Cela confirme ce que j’ai déjà écrit ici concernant le poids de l’identification partisane aux Etats-Unis et le rôle des campagnes électorales (ici, ici et ici). On est là en plein Lazarsfeld !

Autre enseignement, dans le choix entre Obama et McCain, l’attitude à l’égard des Noirs joue également un rôle important. Mais cela est contrecarré par le rôle de l’identification partisane : un Démocrate qui a un niveau assez élevé d’antipathie envers les Noirs a plus de chance de voter Obama que McCain… Au final, je ne suis pas sûr que l’attitude raciale joue un rôle autonome : un électeur qui s’identifie au parti républicain qui a un haut degré d’antipathie raciale envers Obama a de toute façon peu de chance de voter Obama simplement en raison de son identification partisane… Autre élément, depuis Kennedy, l’alignement partisan est déjà pour bonne partie lié à l’attitude envers les Noirs et la question des droits civiques.

Dernier élément qu’on peut retenir de cette étude : les auteurs essaient de mesurer le poids de la couleur de peau d’Obama en demandant aux enquêtés si la couleur d’Obama était un facteur de leur décision. C’est à mon avis une très mauvaise manière de s’y prendre : les raisons des choix des individus sont tout sauf transparentes. Les éléments précédents me semblent plus pertinents et instructifs. Les auteurs essaient de plus d’estimer la proportion d’électeurs « racistes honteux », dont la décision est prise sur la base de la couleur de peau d’Obama (soit pour voter contre lui, soit en sa faveur) mais qui ne le reconnaissent pas. Ils mettent en place pour cela une méthode d’enquête qui peut paraître astucieuse mais dont je me méfie, car elle rend possible pas mal de perturbations indépendantes de ce qu’on cherche à mesurer (voir le texte pour les détails). Il en ressortirait que ce sont davantage les noirs que les blancs qui votent en fonction de la couleur de peau d’Obama, et que l’âge (élevé) de McCain serait un facteur de choix plus puissant que la couleur de peau d’Obama. Mais, encore une fois, demander aux gens (même indirectement) pourquoi ils votent comme ils le font ne présente à mon sens qu’un intérêt limité dans le cadre d’un sondage : les causes (sociologiques) du vote sont plus intéressantes à rechercher que les raisons (« psychologiques » ou en tout cas alléguées par les individus), qui sont surtout des justifications post hoc.

Au final, mon pronostic est qu’Obama devrait gagner, mais avec une marge plus réduite que celle qu’on lui promet aujourd’hui. Ce ne serait pas une spécificité de cette élection : on observe le plus souvent un écart plus restreint entre les candidats dans les urnes que dans les sondages qui précédent immédiatement le vote.

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