Blog de Joël Gombin

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Statut des enseignants-chercheurs : la réaction

Posted by joelgombin sur 14 janvier 2009

Certains lecteurs de ce blog le savent bien : le décret de 1984 qui régit le statut des enseignants-chercheurs fait actuellement l’objet d’un projet de révision. La ligne directrice en est une individualisation des obligations de service des agents, qui seraient à l’avenir fixés par le président d’université.

Cette réforme suscite la colère, à mon sens légitime, d’un grand nombre d’enseignants chercheurs. Mais je n’en parle pas plus ici : bien d’autres le font mieux que je ne saurais le faire.

Ce sur quoi je voulais revenir est un texte qui a beaucoup circulé dans cette mobilisation, y compris sur des listes de diffusion se voulant assez « radicales ». Il s’agit d’une analyse juridique du projet de décret par Olivier Beaud, professeur de droit public et l’un des animateurs de Qualité de la science française, une organisation universitaire plutôt mandarinale et conservatrice, voire réactionnaire (j’assume la pleine responsabilité de ces propos). Aussi, étais-je pour le moins surpris de voir ce texte systématiquement repris par mes collègues et néanmoins camarades.

Il s’avère que je ne suis pas le seul à penser de la sorte : comme le signale Jean-François Méla, Claire Oger, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à Paris 13 a écrit un texte critique sur la note d’Olivier Beaud.

Le débat s’établit grosso modo de la manière suivante : Beaud effectue une critique jacobine du projet ministériel, expliquant qu’il constitue une atteinte au caractère national du statut des fonctionnaires que sont les enseignants-chercheurs, et que le risque encouru est le « féodalisme à la française ».  Pour Beaud, la gestion centralisée des universitaires est la garantie des « libertés universitaires ». On conçoit alors que ce discours ait rencontré un écho à gauche, voire à l’extrême-gauche : elles sont, en France, largement jacobines.

Claire Oger, quant à elle, souligne que ce n’est pas tant le niveau de décision (national ou local) qui importe, que le mode de désignation et d’exercice du pouvoir : élection (comme au CNU, au moins partiellement) ou nomination (comme à l’AERES) en particulier. De plus, le modèle défendu par Beaud serait un modèle très réducteur, qualifié par lui de « professeur du supérieur », et qui est, en creux, le modèle du mandarin sorbonnard d’avant 1968. C’est pourquoi Claire Oger l’accuse de défendre un modèle de « caste ». Aussi conclut-elle en en appelant à trouver de « meilleurs alliés »…

Querelles des anciens contre les modernes ? Pas seulement, je pense. Le monde universitaire français, me semble-t-il, est profondément traversé par une double référence au corporatisme (je n’accole pas nécessairement de connotation négative à ce terme) d’une part, au jacobinisme d’autre part. Depuis quelques années, une référence managériale se déploie progressivement, du côté de la CPU essentiellement, avec un fort écho du côté des politiques (beaucoup moins, me semble-t-il, du côté de l’administration centrale du ministère). C’est le mélange si particulier entre ces trois logiques, qui s’entrecroisent plus qu’elles ne s’opposent frontalement, qui explique le fonctionnement actuel de l’université française.

De sorte que, selon la position objective de chacun et ses orientations politiques, s’opposer au projet de décret ne signifie pas la même chose…

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