Blog de Joël Gombin

Une interface entre moi et le monde

Une précision sur les élections présidentielles américaines

Posted by joelgombin sur 2 octobre 2008

Damien Babet, en citant mon précédent billet, prétend que après tout « campaign matters » et que ce sont bien les aléas de la campagne qui décideront du résultat final le 4 novembre (ou bien plus tard, en cas de réitération de « Florida 2000″…).

Il faut savoir de quoi on parle. Ma thèse (et celle d’une part assez large de la littérature scientifique) : le phénomène électoral (aux US comme ailleurs) est marqué par une très grande stabilité, d’un point de vue tant géographique que sociologique. La campagne, de ce point de vue, influe très peu le résultat final. Celle de Damien Babet : comme les élections sont en général serrées, les événements de la campagne vont au final faire la différece.

Les deux thèses ne sont pas incompatibles. Il peut très bien y avoir une très grande stabilité du vote (mettons à 95 %), et ce sont les 5 % restants (les fameux « swing voters ») qui font la différence et le président. De manière assez ironique, ces 5 % sont probablement les électeurs les moins politisés, les moins intéressés par la campagne, les moins « rationnels » (au sens de la théorie normative de la démocratie »), de sorte que ce sont les moins « compétents » en politique (au sens que la sociologie politique donne à ce terme, sans jugement de valeur) qui font les résultats. Quand il s’agit du « maître du monde », ça fait froid dans le dos (mais ça peut aider à comprendre comment Bush Jr a été élu deux fois – enfin une, mais bon, vous m’avez compris…)… J’ajoute qu’aux Etats-Unis, l’effet de ces électeurs marginaux est renforcé par le système électoral des grans électeurs et du « winner takes all » par Etat (le candidat qui obtient la majorité relative dans un Etat remporte tous les grands électeurs).

Il s’agit donc essentiellement d’une différence de point de vue. En tant que sociologue du politique, je m’intéresse prioritairement au processus électoral plus qu’à son résultat (même si comme citoyen, je dois bien avouer que la perspective de voir Sarah Palin diriger les Etats-Unis me fait osciller entre frayeur et goguenardise – au moins avec elle, voir le Président à la télé sera drôle). Mon point de vue est très bien résumé ici :

…I think maybe the most important difference between the journalistic world view about electoral politics and campaigns, on one hand, and the political scientist’s view, on the other, has to do with a kind of discrepancy in our professional skills and interests. On one hand, the journalist’s primary interest is to convince you that you have to pay attention every day to what’s happening, get up in the morning and listen to NPR [National Public Radio, NDLR] in order to have an idea of how things are going and how the election is going to turn out.

On the other hand, the political scientist’s interest is to convince you that the stuff that’s really important is the more fundamental, long term patterns, the kinds of things that we can get out through historical comparisons and statistical analyses and analogies more or less exact with what’s happened in the past.

Larry Bartels, Director, Center for the Study of Democratic Politics, Donald E. Stokes Professor of Public and International Affairs, Princeton University

5 Réponses to “Une précision sur les élections présidentielles américaines”

  1. Damien B said

    Merci pour cette réponse! Effectivement, j’ai exagéré la contradiction entre deux thèses qui ne sont pas incompatibles.

    Je crois que je comprends bien le point de vue de la sociologie politique, et il est bien sûr essentiel de ne pas limiter le discours sur la politique à 5% de swing voters tous les quatre ou cinq ans, et à l’alternance rep/dem/ps/ump. Je me pose aussi des questions sur le fait que le « processus électoral » amène structurellement à ce que les élections puissent être décidées par des choses comme le mariage de Bristol Palin. Pour la galette des rois, on demande au plus jeune de répartir les tranches, les yeux fermés ou sous la table. C’est un détail procédural, mais qui est peut-être le fondement même du rituel. Mais j’y reviendrai sans doute plus tard quand je serai capable de mieux le formuler. En tout cas ça m’intrigue.

  2. Bonjour.

    Un documentaire que vous connaissez peut-être à propos des élections aux USA et de l’utilisation des machines électroniques.

    http://video.google.fr/videoplay?docid=2812312035664732092&ei=IH3mSJrXD4Kw2gKtvLCqCw&q=Hacking+Democracy

    LA DEMOCRATIE PIRATEE, diffusé 26 fois de novembre à décembre 2006 sur la chaîne américaine HBO, expose les dangers des machines à voter utilisées pendant les élections américaines, présidentielles comprises.

    Tourné durant trois ans, ce reportage suit le combat d’un groupe de citoyens (aujourd’hui organisé en association à but non-lucratif blackboxvoting.org) qui enquête et démonte l’industrie du vote électronique, ciblant principalement la société Diebold*, fabricant majeur des machines.

    Il culmine avec un duel entre une machine à voter Diebold et les protagonistes qui testent le dorénavant fameux « Harri Hursti Hack », fruit du travail d’un informaticien finlandais, qui prouve indubitablement que Diebold mentait haut et fort et que le comptage de nos votes peut être truqué à volonté, les votes supprimés ou attribués à d’autres candidats et le tout sans laisser la moindre trace.

    L’utilisation frauduleuse de ces machines en 2000 – voir aussi les premières minutes du film « Everybody’s Gotta Learn Sometime » – a facilité l’accession au pouvoir de George W. Bush et des membres néo-conservateurs du PNAC, le chaînon manquant entre la planification du projet du 11 septembre 2001 et son achèvement.

    En 2004, le gouvernement irlandais, suite à une étude indépendante démontrant le manque de fiabilité des machines Nedap (un concurrent de Diebold), a décidé d’en abandonner leur utilisation.

    Néanmoins, en France, lors de la dernière élection présidentielle de 2007, près de 1,7 millions de Français ont voté à l’aide de ces machines électroniques…

    * : Depuis le 17 août 2007, Diebold a choisi de se rebaptiser et s’appelle dorénavant « Premier Election Solutions. » No comment…

    Cordialement.

  3. joelgombin said

    Je tiens à préciser que, bien qu’ayant décidé de ne pas censurer le commentaire ci-dessus, je n’approuve pas les thèses conspirationnistes de reopen911, et j’invite les lecteurs à visiter le site conspiracywatch.info pour se forger une opinion sur ces thèses.
    Sur la question des machines à voter, j’aurai sans doute l’occasion d’écrire une note à ce sujet.

  4. eric said

    la presentation est pas mal mais le contenue n’est pas vraiment exact,tu devrai rajouter un peu plus d’élements car les collégiens qui viennent faire des dossiers un peu complexes sur les elections sont un petit peu perdus quoi…

  5. joelgombin said

    Dois-je comprendre, cher Eric, que tu es – comme ton orthographe le laisse supposer – ce collégien « un peu perdu » ?

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