Blog de Joël Gombin

Une interface entre moi et le monde

Party is not dead (aux Etats-Unis en tout cas)

Posted by joelgombin sur 20 septembre 2008

Une note rapide en passant, pour signaler une information intéressante relayée par l’excellent blog « Statistical Modeling, Causal Inference, and Social Science » : contrairement à une certaine sociologie politique, spontanée ou savante (Stokes, Wattenberg), l’impact de l’identification partisane (pour mémoire, un concept central dans le paradigme de Michigan) n’a pas décliné depuis les années 1950 ; au contraire, selon Larry Bartels, il a augmenté. De même, Bartels avance (dans un article dans Electoral Studies, 1998, vol. 17, issue 3) que la volatilité électorale (en un mot, le fait de voter pour des partis différents lors d’élections différentes) a été divisée par quatre entre les années 1970 et 1996.

Je n’ai pas le temps aujourd’hui de discuter ces résultats et leur méthodologie. Leur apport, en un mot : les comportements électoraux américains répondent, aujourd’hui plus encore que hier, à des régularités très fortes. Ce qui prévaut avant tout en matière de vote, c’est la stabilité et la reproduction du même plutôt que le changement. Bien sûr, cela ne se voit guère à première vue, car ce qui intéresse le citoyen, le journaliste ou le politique, c’est « qui a gagné » ou « qui va gagner » et « pourquoi », ce qui amène à s’intéresser aux variations de court terme et de faible amplitude, celles qui font le résultat. Or, ces questions sont, à mon sens, de très mauvaises questions de science politique (sur cette question, voir ce qu’en dit Patrick Lehingue, notamment ici).

Qu’en est-il en France ? Il me semble difficile de transposer la question de l’identification partisane dans notre pays, dans la mesure où ce concept renvoie à une réalité très spécifique aux Etats-Unis (pour rappel, chaque électeur est invité à s’enregistrer comme démocrate ou républicain). En revanche, sur la question de la volatilité, P. Lehingue (encore lui) a montré que la supposée augmentation de la volatilité électorale était largement le fruit des instruments de mesure plutôt qu’une réalité per se.

Récemment, j’ai aussi eu l’occasion de présenter un papier dans lequel je montrais que l’influence des « variables lourdes » (classe sociale, religion) sur le vote en France demeurait considérable, dès lors que l’on utilise les bons outils méthodologiques pour les saisir. Ainsi, je défends la thèse selon laquelle lors de  l’élection présidentielle de 2007 nous avons bien assisté à un vote de classe, renforcé (Sarkozy) ou contrarié (Bayrou, Le Pen dans un sens différent) par un vote religieux.

Lors de l’atelier international dans lequel j’ai présenté ce papier, et où d’autres chercheurs ont également apporté des preuves que les modèles « historico-sociologiques » du vote (Lipset et Rokkan) marchent toujours bien, nous nous sommes demandés pourquoi le « common widsom » du déclin des variables lourdes et de la stabilité électorale rencontre autant d’écho à travers le monde. Dans l’article précité, Bartels offre une partie de la réponse :

No doubt, every generation is tempted to imagine itself unique, and one of the most important uses of history is to dispel the illusion that we live in an era of unprecedented this or that. The historical questions addressed by Stokes in the works I have revisited here continue to serve that purpose very well, providing a bracing perspective on the nature of continuity and change in the American electoral system.

J’ajouterais un élément, peut-être plus polémique : il me semble que l’un des moteurs de cette course à la nouveauté est la compétition entre les chercheurs. Il est plus facile de publier et de se faire connaître quand on explique quele monde change et que les bonnes vieilles théories sont à basarder que lorsqu’on affirme que fondamentalement tout ne change pas tant que ça. Et puis ça semble mieux passer dans les journaux, aussi…

Une Réponse to “Party is not dead (aux Etats-Unis en tout cas)”

  1. […] le poids de l’identification partisane aux Etats-Unis et le rôle des campagnes électorales (ici, ici et ici). On est là en plein Lazarsfeld […]

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