Blog de Joël Gombin

Une interface entre moi et le monde

Archive for septembre 2008

Intentions de vote et formulation des questions

Posted by joelgombin sur 29 septembre 2008

Lors de chaque campagne électorale, les mêmes questions resurgissent : les sondages sont-ils un indicateur fiable des intentions de vote des citoyens ? Permettent-ils de prédire avec un niveau élevé de fiabilité le résultat des élections ?

La campagne étatsunienne actuelle n’échappe pas à ces interrogations. Au-delà de toutes les critiques, internes et externes, que l’on peut adresser à l’exercice sondagier (et qui ont été remarquablement synthétisées dans l’ouvrage de Patrick Lehingue, Subunda), une étude de l’université du New Hampshire (via le blog du CSDP) montre que la formulation des questions, même d’une question apparemment aussi simple que « pour qui voteriez-vous si l’élection avait lieu aujourd’hui ? », la formulation des questions donc influe sur les réponses obtenues à cette question. Dans le cas présent, deux formulations différentes (“Suppose the 2008 presidential election was being held today and the candidates were John McCain and Sarah Palin, the Republicans and Barack Obama and Joe Biden, the Democrats, who would you vote for?” et “Thinking about the presidential election in November, would you vote for Republicans John McCain and Sarah Palin … Democrats Barack Obama and Joe Biden … someone else … or haven’t you decided yet?”) étaient proposées à deux moitiés de l’échantillon interrogé. Les scores attribués à Obama et McCain ne varient pas significativement ; en revanche, de la première à la deuxième formulation, le nombre d’indécis passe de 8 à 20 %. Pas négligeable dans le cas d’une élection serrée…

L’idée sous-jacente à cela, comme le rappellent Gary King et Andrew Gelman, c’est que les campagnes électorales renforcent les convictions des électeurs plutôt qu’elles ne les modifient, comme on le sait depuis le travail de Lazarsfeld, The people’s choice (1948). Les aléas d’une campagne peuvent bien modifier les préférences de court terme, à long terme (c’est-à-dire plus on approche du jour de l’élection) les citoyens reviennent vers leurs préférences ‘initiales’ ou ‘normales’ (en fonction de leur position sociale, de leur identification partisane, etc.). Cela explique la très grande stabilité observée du vote, malgré « l’écume des jours » que constituent les campagnes électorales (et qui finalement n’intéressent vraiment que les acteurs du jeu, journalistes, politiques, commentateurs…).

Par ailleurs, l’idée selon laquelle les réponses aux sondages sont très sensibles à la formulation des questions est ancienne, et a notamment été illustrée empiriquement dans l’ouvrage dirigé par Gérard Grumberg, Nonna Mayer et Paul Sniderman, La démocratie à l’épreuve. De quoi sérieusement relativiser le crédit accordé à ce typde de données, que ce soit dans la sphère publique ou – plus encore – dans le monde scientifique.

Bibliographie :

Gérard Grunberg, Nonna Mayer, et Paul M. Sniderman (dir.), La démocratie à l’épreuve : une nouvelle approche de l’opinion des Français, Paris, Presses de Sciences Po, 2002.

Patrick Lehingue, Subunda : coups de sonde dans l’océan des sondages, Bellecombe-en-Bauges, Éd. du Croquant, 2007.

Andrew Gelman and Gary King , »Why are American Presidential Election Campaign Polls so Variable When Votes are so Predictable? », British Journal of Political Science, Vol. 23, No. 1, pp. 409-451, October 1993. Available at SSRN: http://ssrn.com/abstract=1084120

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« Tripatouiller » les circonscriptions électorales

Posted by joelgombin sur 26 septembre 2008

Certains politiciens ne sacrifient pas à « l’hommage du vice à la vertu » que constitue l’hypocrisie. Rue89 nous en apporte la preuve

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Why blog ?

Posted by joelgombin sur 23 septembre 2008

Baptiste Coulmont, qui est devenu depuis deux ans une sorte de célébrité (à son corps défendant ?) dans le petit monde de la sociologie française en mettant en ligne les résultats des procédures de recrutement des maîtres de conférence en socio, me demande pourquoi je tiens ce blog (après avoir lui-même répondu à cette question). Baptiste est aussi un sociologue du commerce pornographique (NDLR : cette phrase, mal amenée comme vous l’avez constaté, n’a d’autre but que de générer du trafic via Google grâce au terme ‘porno’…).

Difficile question, à laquelle jai déjà rapidement répondu sur la page « Bienvenue sur mon blog ». Il m’est d’autant plus difficile de répondre que je démarre juste ce blog ; comme le note Baptiste, l’usage qu’on fait de son blog à long terme peut différer des intentions (ou non-intentions) initiales. Ma justification première est de mettre à disposition de mes étudiants un lieu où ils pourront trouver à la fois des informations factuelles relatives à mes enseignements (une séance décalée, un exercice à accomplir, une référence bibliographique…) et des réflexions « de fond », jetées sur le papier (ou plutôt l’écran…) au fur et à mesure qu’elles me viennent, notamment en parcourant le web.

Mais il me semble indéniable que tout blog implique une forme d’égocentrisme, de mise en valeur de sa présence sur le net (quand bien même le blog serait anonyme ou sous pseudo, ce qui n’est pas mon cas). Si on tient un blog, c’est qu’on estime qu’on a quelque chose d’intéressant (pour qui ? pourquoi ?) à dire publiquement. Pour ma part, j’assume cette forme d’égocentrisme ; mais j’essaie (difficilement !) de lui fixer des limites, en l’encadrant par une forme d’éthique scientifique. En d’autres termes, autant que possible, les interventions sur ce blog sont et seront fondées sur des raisonnements et des données de nature scientifique. Cela me semble de nature à limiter le côté très subjectif, au mauvais sens du terme, de certains blogs qui les rend, à mes yeux, inintéressants. Mon modèle en ce sens est le blog (hélas défunt) de Cyril Lemieux, qui apportait quasi quotidiennement l’éclairage des sciences sociales sur l’actualité politique la plus brûlante durant la dernière campagne présidentielle. Ce que je voudrais, c’est permettre à un public relativement large (disons, au-delà des spécialistes universitaires) de se saisir de ce que peuvent nous dire les sciences sociales de sujets de débat quotidien. Evidemment, cela sera davantage le cas dans mon domaine de compétence : essentiellement, la sociologie électorale.

Je crois qu’il faudra faire le bilan de ce blog dans quelques mois pour voir ce qu’il est devenu. Ce que j’espère : que certains (même quelques uns) trouvent à lire ce blog une petite part de l’intérêt que je trouve quotidiennement à lire certains blogs.

Je n’aime pas en règle général les « chaînes de l’amitié » où il faut relancer d’autres gens pour faire ce qu’on a soi-même fait. Mais, comme je ne veux pas apparaître comme le briseur de ce grand élan rétrospectif, je demande à Cyril di Méo (enseignant de SES et militant politique), François Briatte (jeune chercheur en science politique) et Thibaut Thomas (praticien/théoricien du web 2.0) de répondre à la même question : why blog ?

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Party is not dead (aux Etats-Unis en tout cas)

Posted by joelgombin sur 20 septembre 2008

Une note rapide en passant, pour signaler une information intéressante relayée par l’excellent blog « Statistical Modeling, Causal Inference, and Social Science » : contrairement à une certaine sociologie politique, spontanée ou savante (Stokes, Wattenberg), l’impact de l’identification partisane (pour mémoire, un concept central dans le paradigme de Michigan) n’a pas décliné depuis les années 1950 ; au contraire, selon Larry Bartels, il a augmenté. De même, Bartels avance (dans un article dans Electoral Studies, 1998, vol. 17, issue 3) que la volatilité électorale (en un mot, le fait de voter pour des partis différents lors d’élections différentes) a été divisée par quatre entre les années 1970 et 1996.

Je n’ai pas le temps aujourd’hui de discuter ces résultats et leur méthodologie. Leur apport, en un mot : les comportements électoraux américains répondent, aujourd’hui plus encore que hier, à des régularités très fortes. Ce qui prévaut avant tout en matière de vote, c’est la stabilité et la reproduction du même plutôt que le changement. Bien sûr, cela ne se voit guère à première vue, car ce qui intéresse le citoyen, le journaliste ou le politique, c’est « qui a gagné » ou « qui va gagner » et « pourquoi », ce qui amène à s’intéresser aux variations de court terme et de faible amplitude, celles qui font le résultat. Or, ces questions sont, à mon sens, de très mauvaises questions de science politique (sur cette question, voir ce qu’en dit Patrick Lehingue, notamment ici).

Qu’en est-il en France ? Il me semble difficile de transposer la question de l’identification partisane dans notre pays, dans la mesure où ce concept renvoie à une réalité très spécifique aux Etats-Unis (pour rappel, chaque électeur est invité à s’enregistrer comme démocrate ou républicain). En revanche, sur la question de la volatilité, P. Lehingue (encore lui) a montré que la supposée augmentation de la volatilité électorale était largement le fruit des instruments de mesure plutôt qu’une réalité per se.

Récemment, j’ai aussi eu l’occasion de présenter un papier dans lequel je montrais que l’influence des « variables lourdes » (classe sociale, religion) sur le vote en France demeurait considérable, dès lors que l’on utilise les bons outils méthodologiques pour les saisir. Ainsi, je défends la thèse selon laquelle lors de  l’élection présidentielle de 2007 nous avons bien assisté à un vote de classe, renforcé (Sarkozy) ou contrarié (Bayrou, Le Pen dans un sens différent) par un vote religieux.

Lors de l’atelier international dans lequel j’ai présenté ce papier, et où d’autres chercheurs ont également apporté des preuves que les modèles « historico-sociologiques » du vote (Lipset et Rokkan) marchent toujours bien, nous nous sommes demandés pourquoi le « common widsom » du déclin des variables lourdes et de la stabilité électorale rencontre autant d’écho à travers le monde. Dans l’article précité, Bartels offre une partie de la réponse :

No doubt, every generation is tempted to imagine itself unique, and one of the most important uses of history is to dispel the illusion that we live in an era of unprecedented this or that. The historical questions addressed by Stokes in the works I have revisited here continue to serve that purpose very well, providing a bracing perspective on the nature of continuity and change in the American electoral system.

J’ajouterais un élément, peut-être plus polémique : il me semble que l’un des moteurs de cette course à la nouveauté est la compétition entre les chercheurs. Il est plus facile de publier et de se faire connaître quand on explique quele monde change et que les bonnes vieilles théories sont à basarder que lorsqu’on affirme que fondamentalement tout ne change pas tant que ça. Et puis ça semble mieux passer dans les journaux, aussi…

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Redécoupages électoraux

Posted by joelgombin sur 18 septembre 2008

Ainsi donc, le gouvernement s’attelle enfin au redécoupage des circonscriptions électorales.

Le découpage actuel, effectué sous les auspices de l’inénarrable Charles Pasqua, date tout de même de 1986, et le Conseil constitutionnel, gardien de l’égalité de représentation, a réclamé à plusieurs reprises que ce redécoupage soit effectué (voir, par exemple, ses décisions 2007-3819, 2007-3423, 2007-547 DC ou encore ses observations du 7 juillet 2005, sans même parler de ses observations du 15 mai 2003). En effet, en France et en application de l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) et des articles 3 et 24 de la Constitution,  » l’Assemblée nationale, désignée au suffrage universel direct, doit être élue sur des bases essentiellement démographiques », selon la formulation récurrente du Conseil constitutionnel. En d’autres termes, toutes les circonscriptions devraient compter à peu près le même nombre d’électeurs.

Or, compte tenu des évolutions démographiques différentielles, ce n’est plus du tout le cas. Wikipedia permet de constater les écarts, en termes de nombre d’habitants, entre circonscriptions, et Frédéric Salmon, sur son site, permet de visualiser ces disparités. J’ai pour ma part fait mes calculs, mais sur la base cette fois-ci des inscrits (lors des élections législatives de juin 2007), et non des habitants : après tout, quelqu’un d’attaché à la doctrine de la citoyenneté liée à la nationalité pourrait tout-à-fait faire valoir que ce qui compte c’est le nombre de citoyens et non d’habitants, les non-nationaux ne prenant pas part à la désignation de la représentation nationale. On constate que les disparités sont également très fortes : la 1ère circonscription de la Lozère compte 32.052 inscrits, contre 163.122 pour le 6ème du Var, soit un rapport supérieur à 1 à 4. Si on prend en compte les TOM, c’est bien pire : la 1ère de Saint-Pierre-et-Miquelon compte 4.924 inscrits !

Au-delà de l’anecdote des circonscriptions les plus et moins importantes, quel est le niveau de disparités ? En termes statistiques, quelle est la « dispersion » du nombre d’inscrits par circonscription ? Le nombre moyen d’inscrits par circonscription est 76.075 ; l’écart-type (c’est-à-dire la moyenne des écarts à la moyenne) est de 12.860. Pas négligeable ; mais pas non exceptionnellement élevé. Si on regarde un histogramme de cette distribution, on constate que la dispersion n’est pas si considérable que cela.

Une belle courbe normale...

Une belle courbe normale...

Au contraire, il y a même plus de circonscriptions proches de la moyenne que si on était face à une disctribution normale.

En réalité, la question ne me semble pas tant être de savoir s’il y a des disparités de population ou d’électeurs entre circonscriptions (cela semble inévitable, dès lors que les circonscriptions doivent se plier à des découpages administratifs – les départements en l’occurence – et que des règles perturbent leur tracé – par exemple, la règle selon laquelle il y a au moins deux circonscriptions par département), que de savoir si ces disparités ont des conséquences politiques.

Première question : vote-t-on plus dans les petites circonscriptions ? Les théories utilitaristes du vote prédisent que oui : en effet, la chance que votre vote soit déterminant dans le résultat final est inversement proportionnelle au nombre d’électeurs ; elle est donc plus élevée dans les plus petites circonscriptions. Pourtant, il n’existe aucune relation statistiquement significative entre ces deux variables (r = 0.06). Autant pour le rational choice et le paradoxe de l’électeur…

Deuxième question : les circonscriptions comptant le moins d’électeurs sont-elles plus favorables à la droite, comme on le lit souvent ? L’idée sous-jacente est que les circonscriptions les moins peuplées et/ou comptant le moins d’inscrits sont les plus rurales. Il n’y a à cela rien d’évident : parmi les circonscriptions métropolitaines comptant le moins d’inscrit, on trouve juste après les deux circonscriptions de la Lozère les 15ème (43.760 isncrits) et 3ème (43.795) de Paris ainsi que les 3ème (45.096) et 4ème (45.413) de Seine-Saint-Denis.

Si on catégorise chaque circonscription en fonction de l’étiquette de son député dans la législature actuelle, on constate que les circonsciptions dont le député est de droite comptent plus d’inscrits (78.272) que celles dont le député est de gauche (72.879). Même si la différence n’est pas énorme, elle est statistiquement significative (t=3,72, p < 0.001). En clair donc, les circonscriptions représentées par un député de droite comptent, en moyenne, plus d’inscrits. Il est difficile de voir ici une causalité, mais par contre cela semble assez largement infirmer l’assertion selon laquelle les circonscriptions les plus petites en termes démographiques seraient plus favorables à la droite.

En réalité, la question la plus sensible concernant le découpage électoral (et celle à laquelle le Conseil constitutionnel ne s’intéresse pas, à l’inverse de la Cour suprême américaine – fût-ce de manière relativement complexe et inefficace) est celle du « charcutage électoral », mauvaise traduction de l’anglais « Gerrymandering » (du nom de Gerry, un célèbre… « gerrymanderer »). En bref, les circonscriptions peuvent très bien être équilibrées démographiquement et en même temps découpées de manière à favoriser fortement un parti (ou des minorités ethniques, comme la loi l’impose aux Etats-Unis). Même si la situation française n’atteint pas le ridicule américain, c’est clairement ce qu’on peut le plus reprocher au découpage Pasqua (et probablement au futur découpage Marleix, puisqu’on nous dit qu’il ne touchera quasiment pas aux « situations acquises »).

En termes géographiques et théoriques, il n’existe pas de découpage « parfait » (c’est-à-dire qui n’introduirait aucun biais entre le vote des électeurs et les élus), dès lors que les préférences des électeurs (et/ou l’offre politique) sont variables en fonction des terrritoires (ce qui est empiriquement vérifié partout) – ce que la littérature appelle parfois les « partis régionaux ». L’agrégation territoriale des préférences individuelles induit toujours un biais. Bien sûr, il existe empiriquement de plus ou moins « bons » découpages.

La solution démocratiquement la plus soutenable est sans doute la solution allemande : elle permet un lien direct entre les élus et leurs territoires/électeurs par le système de la circonscription, et en même temps assure la similarité entre le résultat des urnes et la représentation nationale grâce au système de double scrutin qui permet d’attribuer aux partis défavorisés par le découpage et le scrutin majoritaire des sièges à due concurrence de leur score national. Au final, le système allemand présente les avantages du scrutin d’arrondissement et du scrutin proportionnel. A méditer pour nos législateurs…

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L’éducation au développement durable – demain dans ma fac ?

Posted by joelgombin sur 11 septembre 2008

Les écologistes ont toujours pensé que leur cause ne pourrait être atteinte que par la « victoire culturelle », c’est-à-dire par le fait que chaque citoyen/consommateur/salarié/(rajouter votre catégorie) prenne conscience des enjeux écologiques, réalise que la survie de l’espèce, la préservation de la planète, la convivialité et la justice sociale sont des valeurs préférables à celles de la croissance, de la performance, de la compétition. Dès lors, si des débats tactiques ont parcouru la nébuleuse écologiste (faut-il chercher à atteindre le pouvoir, et si oui faut-il pour cela accepter les alliances – et avec qui -, ou bien faut-il simplement agir au sein de la société civile), l’objectif final est partagé par tous : agir sur les consciences.

Pour cela, quel meilleur outil que l’école ? C’est un poncif de la sociologie que de rappeler que l’école est, après la famille, l’outil de socialisation le plus puissant. Ce n’est pas un hasard si son contrôle a fait l’objet, au dix-neuvième siècle, d’une bataille frontale entre l’Eglise et l’Etat. L’enjeu, aujourd’hui, est donc d’intégrer l’éducation au développement durable à l’école. Les Allemands le font déjà depuis longtemps, mais les Français sont à la traîne, même si – notamment à l’école primaire – de nombreuses personnes oeuvrent individuellement à sensibiliser les enfants.

C’est une nouvelle étape qu’il s’agit de franchir aujourd’hui. Le Réseau français des étudiants pour le développement durable (REFEDD), dont j’ai le plaisir d’être administrateur, vient de rendre un rapport de propositions sur l’éducation au développement durable, qui sera présenté lors de la conférence internationale sur l’éducation pour un développement durable organisé à Bordeaux les 27, 28 et 29 octobre prochains par le Comié français de la Décennie, sous les auspices de l’UNESCO.

Le moment est adéquat pour se positionner sur le sujet : l’article 45 du projet de loi dit « Grenelle 1 », qui sera bientôt examiné par le Parlement, prévoit que l’éducation au développement durable soit »intégrée dans les cursus d’enseignement » et « portée par toutes les disciplines » dans les « structures scolairees ». Malheureusement, cette formulation ne semble pas impliquer l’enseignement supérieur, malgré les propositions de Fac Verte lors du Grenelle de l’Environnement et les déclarations de bonne volonté de la CPU, la représentante des universités. Sans doute faudra-t-il se battre lors de la bataille parlementaire pour remédier à cet « oubli »…

Après tout, « on » (c’est-à-dire le ministère et les instances d’évaluation, se faisant – ou pensant se faire – ainsi le relais des milieux patronaux) nous demande en permanence de professionaliser les formations universitaires. Intégrer la dimension du développement durable dans les formations, ne serait-ce pas contribuer à rapprocher les enseignements des enjeux sociétaux ? N’y aurait-il pas une véritable valeur ajoutée à prendre en comtpe ces enjeux, tout en permettant à l’Université de former des citoyens tout autant que des futurs salariés ? Espérons que les universités se positionnent rapidement sur ce sujet, au-delà des déclarations de bonne volonté. Autant vous dire que, pour l’instant, ce n’est pas gagné… Mais on finira par y arriver !

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Les études mènent-elles à l’ascension sociale ?

Posted by joelgombin sur 3 septembre 2008

Passe ton bac d’abord : c’est le leitmotiv que nos parents nous ont répété – nous, la génération née dans les années 1980. Dans un contexte de chômage de masse et de crise économique, nos géniteurs – mais aussi nos enseignants, nos grands-parents et nos nounous – n’ont eu de cesse de nous inciter à faire autant d’études que possible, afin d’avoir « un bon emploi ». Mais aujourd’hui, ceux d’entre mes camarades d’écoles qui en sont au même point que moi (bac + 8 ) se demandent parfois si faire les études les plus longues possibles était vraiment la bonne stratégie…

Quelle est la relation entre niveau d’étude et mobilité sociale, telle est en tout cas la question à laquelle tentent de répondre deux études récentes publiées par l’INSEE. Le premier article, signé par Valérie Albouy et Chloé Tavan, conclut à une démocratisation réelle de l’accès à l’enseignement supérieur en France à partir des années 1980, et ce à tous les niveaux. Pour autant, d’après cette étude, cette démocratisation reste limitée (et inférieure à celle du bac) ; et – où va se nicher la distinction… – la « polarisation sociale » des filières (c’est-à-dire le fait que certaines filières, comme droit ou médecine, sont investies de manière préférentielle par certains groupes sociaux, en l’occurence les plus favorisés culturellement et économiquement) est restée stable pour les hommes, mais s’est accentuée pour les femmes. Schématiquement, autrefois les filles (de toutes origines sociales) accédaient à l’enseignement supérieur plutôt par les filières les moins prestigieuses (technicien supérieur, écoles normales ou de santé), tandis que lorsque l’université s’est démocratisée, les filles des milieux les plus privilégiés ont davantage investi les filières les plus valorisées. 

Le second article, de Camille Peugny, examine quant à lui le rapport entre études et ascension sociale pour la génération née dans les années 1960 – les enfants des baby-boomers. Cette étude part d’un paradoxe : alors qu’auparavant, l’élevation du niveau d’études s’accompagnait d’une mobilité sociale ascensionnelle accrue, la génération née entre 1964 et 1968 connaît une moindre ascension sociale alors même qu’elle est globalement très diplômée (c’est la génération qui accède à l’enseignement supérieur au milieu des années 1980). Pour l’auteur, cette situation s’explique non seulement par la crise économique, mais encore par le fait que le lien entre diplôme et position sociale s’est amenuisé au fil du temps. En d’autres termes, pour les générations nées dans les années 1960, posséder un « bon » niveau de diplôme (par rapport à sa génération) est moins une garantie d’ascension sociale que pour les générations précédentes. Dans le même temps, on constate que l’impact des carcatéristiques sociales des parents pèse de plus en plus sur le devenir social des individus. Et pour attanger tout cela, l’impact de ces évolutions est plus fort pour les filles que pour les garçons…  Les générations nées à partir des années 1960 feraient donc l’objet d’un déclassement important, c’est-à-dire d’un décalage croissant entre le niveau scolaire atteint – et donc les espérances subjectives, fondées sur un état ancien du marché du travail – et la position sociale occupée.

Les historiens et sociologues savent que le développement d’un groupe d’intellectuels auxquels leur société n’offre pas de débouchés mène souvent à leur radicalisation politique. Le NPA de Besancenot fera-t-il son lit des jeunes surdiplômés chômeurs ?

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Google Chrome est arrivé

Posted by joelgombin sur 3 septembre 2008

Depuis hier, Google a lancé (dans la précipitation, semble-t-il) son navigateur Internet, Chrome.

 

Encore une application révolutionnaire de Google ?

Autant dire que ça a fait du bruit dans la blogosphère : il s’agirait non seulement, pour le géant d’Internet, de concurrencer Firefox et (surtout ?) Internet Explorer, que de proposer une réelle avancée vers le « web OS », le système d’exploitation web. En un mot, l’idée est que sur les nouveaux supports mobiles (téléphones portables, mais aussi plaquettes Internet, et pourquoi pas votre voiture, etc.) il n’y ait plus à proprement parler de système d’exploitation (comme Window, Linux ou MacOS), mais simplement un navigateur web, à partir duquel on ferait tout. Et c’est un fait que depuis quelques années, on fait beaucoup plus de choses depuis son navigateur : on écrit ses mails (Gmail), on rédige des textes, on remplit des tableaux ou on prépare sa présentation (Google docs), on stocke ses fichiers comme sur son disque dur (Gspace par exemple)… On peut même faire tourner en ligne des applications complexes, comme un logiciel de comptabilité (ex : phpcomta) ou un logiciel de statistiques avancées (Rpad, version online de R, le logiciel opensource de statistiques). 

Dès lors, Google entend sans doute préempter ce marché, afin de continuer à contrôler ce qui fait sa richesse : le maximum de données personnelles. Il se dit ainsi que Chrome est une réponse à Microsoft, qui a inclus dans sa version beta d’Internet Explorer 8 une fonction de « navigation discrète », empêchant ainsi Google de collecter nos précieuses données… On notera toutefois avec intérêt que Google, souvent attaqué sur le terrain de la protection des données et de la vie privée, a intégré dans Chrome une fonction « navigation discrète » aisément accessible.

 

Et concrètement, ça donne quoi ?

Je vous livre ici mes premières impressions de test de Chrome (d’ailleurs, j’écris ce billet sous Chrome).

Ce qui frappe en premier, c’est la vitesse du navigateur. J’utilise habituellement Firefox 3, dont les performances en la matière sont sensées avoir été optimisées. Mais là, dès le début, on sent une vraie différence ! Google a en effet utilisé le moteur de Webkit de chez Apple (celui qui rend les adorateurs de la pomme accrocs à Safari pour sa vitesse). De plus, les ingénieurs de chez G. ont implémenté une nouvelle machine virtuelle Java (VM8), mais là j’avoue ne pas encore avoir vraiment vu la différence, il faudrait que j’essaie des scripts Java vraiment gourmands (jeux ?).

Autre bonne surprise, l’interface. Elle est très discrète, avec de jolis effets de transparence, et surtout, elle maximise l’espace consacré à la page web elle-même.  La gestion des onglets est très intuitive et pratique, beaucoup plus que sous Firefox.

Google promet que la gestion de la mémoire est beaucoup plus efficace sous Chrome que chez ses concurrents. Je veux bien les croire sur parole, vu que ça n’a jamais été le fort de Firefox. Mais il me faudra une utilisation de plus long terme pour le vérifier. Pour l’instant, j’ai eu plusieurs moments de ralentissement/non réponse du navigateur (il faut dire que je suis sur une vieille machine, avec un disque dur plein à craquer). Mais je ne doute pas que tous ces petits bugs vont rapidement être améliorés.

Pour l’heure, Chrome me semble être un bon navigateur – mais il y a fort à parier que Firefox soit capable de le rattraper rapidement sur nombre de points. La seule question qui vaille pour moi aujourd’hui, c’est la capacité de Chrome à susciter autant de bons plugins que Firefox. Car pour l’heure, il est clair que je ne lâcherai pas Firefox – je ne peux plus me passer de pas mal de plugins.

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Gérer sa bibliographie avec Zotero

Posted by joelgombin sur 3 septembre 2008

Gérer sa bibliographie est un problème pour beaucoup de gens à l’Université : les chercheurs, bien sûr, lorsqu’ils écrivent des papiers, mais aussi les enseignants, quand ils préparent une bibliographie de cours, et – surtout ? – les étudiants. Tout au long de leur cursus, nous – les enseignants – nous arrachons les cheveux (quand nous en avons…) pour qu’ils citent correctement leurs sources dans leurs travaux.

Cette difficulté se décompose en réalité en plusieurs niveaux :

  • au niveau le plus fondamental, il y a une réticence – sans doute partagée par chacun d’entre nous – à citer ses sources, à reconnaître que notre pensée n’est pas entièrement original mais qu’elle est inspirée des travaux de prédécesseurs. Alors rappellons-le pour les étudiants qui liraient ce blog : il n’y a pas de mal à s’inspirer d’autres personnes, dès lors qu’on le reconnaît (les anglophones utiliseraient ici le verbe « to acknowledge », qui n’a pas de traduction exacte en français). Bien au contraire, penser, c’est penser avec – et parfois contre – des penseurs qui nous ont précédé – à tous les sens du terme. Mais si on ne reconnaît pas explicitement cet apport, il s’agit alors de plagiat – le crime le plus grave de l’Université. Malheureusement, à ce niveau-là, aucun logiciel ne pourra aider !
  • A un niveau plus concret, lorsqu’on s’est adonné à beaucoup de lectures pour préparer un travail et qu’on est, comme moi, peu organisé (c’est une litote), il peut arriver qu’on oublie d’où vient précisément telle super idée ou quel est le nom de l’auteur de ce livre éclairant qu’on a lu. C’est là qu’intervient Zotero : imaginer que vous êtes en train de faire une recherche bibliographique en ligne, sur SUDOC ou Persée par exemple ; vous tombez sur LE livre/article qu’il vous faut; en un clic, sa référence est stockée dans votre base de donéne bibliographique. Avec Zotero, c’est aussi simple que ça, et sans même quitter votre navigateur (à condition que ce soit Firefox !).
  • Enfin, la plupart du temps, les étudiants ne savent pas utiliser les standards bibliographiques, et mettent entre guillemets ce qui devrait être en italique, ou vice versa… Pas grave en soi, mais cela peut largement mettre en rogne le prof qui en est à sa soixante-dixième fiche de lecture plus ou moins pompée sur oboulo.com. A un autre niveau, un chercheur qui écrit un article ne maîtrise pas forcément les standards bibliographiques de chacune des revues potentiellement intéressées par son papier, surtout s’il s’agit de revues anglo-saxonnes. Avec Zotero, en un clic on choisit son style de citation, et on peut le modifier à tout instant. Je veux citer ce livre de Truc qui est si pertinent ? Un clic dans Word, je cherche « Truc », encore un clic… et voilà !

Je dois avouer qu’ayant récemment découvert Zotero, je suis fan. Et la prochaine version promet d’alléchantes améliorations : en particulier, la synchronisation en ligne de sa base bibliographique. En clair, je pourrai accéder à mes références depuis n’importe quel poste connecté à Internet !

Un seul regret pour ma part : que ce logiciel n’ait pas existé lorsque j’ai commencé ma thèse… Il faut dire que la question des logiciels bibliographiques est peu, voire pas, abordé dans le milieu des sciences sociales françaises. Un ami qui a travaillé au Québec m’en avait bien parlé, mais ça m’avait à l’époque semblé cher et compliqué (ce que c’était relativement, à l’époque). Avec Zotero, c’est simple, gratuit et open source.

Je ne saurais trop recommander aux étudiants de commencer à utiliser Zotero dès le début de leurs études. C’est une bonne habitude de prise, et la certitude de ne plus avoir de problème de standards bibliographiques.

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Bienvenue sur mon blog

Posted by joelgombin sur 2 septembre 2008

Un blog de plus, noyé dans l’espace infini de la blogoshpère ? Peut-être, mais ce blog, s’il me servira à l’occasion à partager telle ou telle opinion ou analyse, se veut avant tout un outil. Un outil pour mes étudiants d’abord, pour d’autres étudiants et au-delà pour tous ceux qui pourront être intéressés.

Quelques mots de présentation. Professionnellement, je suis doctorant en science politique et ATER (sigle barbare signifiant Attaché temporaire d’enseignement et de recherche – en clair, enseignant-chercheur en CDD) à l’Université de Picardie-Jules Verne, à Amiens. J’ai également d’autres activités, notamment associatives, dont je parlerai peut-être plus tard sur ce blog.

J’utiliserai donc avant tout ce blog pour communiquer avec mes étudiants (du type : « la semaine prochaine je serai absent » ; « n’oubliez pas de me rendre tel devoir » ; « lisez cet article en ligne », etc.), mais aussi pour faire part de mes découvertes, petites ou grandes, et au-delà de coups de coeur et de gueules.

A bientôt !

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