Blog de Joël Gombin

Une interface entre moi et le monde

Archive de la catégorie «sciences sociales»

Introduction à Zotero

Posté par joelgombin le 17 décembre 2009

Voici une très brève présentation du logiciel Zotero, préparée pour le séminaire “Cuisines” du CURAPP-ESS.

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[TD Sociologie électorale] Texte séance 10

Posté par joelgombin le 7 décembre 2009

Le texte de Kai Arzheimer qui sera étudié lors de la séance 10 est disponible en ligne ici : http://www3.interscience.wiley.com/cgi-bin/fulltext/122288292/PDFSTART.

Bonne lecture !

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[TD théories sociologiques] Sujets de dissertation

Posté par joelgombin le 20 novembre 2009

Les étudiants traiteront l’un de ces deux sujets, au choix :

  • “Comment étudier sociologiquement les goûts ?”
  • “Les sociétés modernes sont-elles individualistes ?”

Les copies sont à rendre lors de la séance du 1er décembre (ou avant !).

Bon travail !

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Why blog ?

Posté par joelgombin le 5 novembre 2009

Il y a déjà pas mal de temps, Baptiste Coulmont répondait à la question “Why blog ?” et, pour faire vivre la “chaîne”, me demandait d’y répondre également, ce que j’avais tenté de faire. De manière prémonitoire, Baptiste annonçait en conclusion de son billet que le blog deviendrait rapidement un outil académique assez répandu, discuté dans les séminaires et les manuels de méthodologie. Eh bien, nous y sommes : François Briatte et moi avons été invités, en tant que tenanciers du Polit’bistro je suppose, à parler de l’usage des blogs dans la recherche en SHS, dans le cadre d’une semaine de formation à l’usage des outils informatiques organisée par Franziska Heimbuger et Emilien Ruiz pour les étudiants du Master 2 recherche en histoire de l’EHESS.

Le texte de notre intervention est disponible sur le Polit’bistro. On peut le lire comme une sorte de complément, discuté à deux et plus théorisé, de ma réponse d’il y a quelques mois.

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Adieu Claude Lévi-Strauss

Posté par joelgombin le 3 novembre 2009

Je me permets de renvoyer à la petite note que j’ai publié sur un autre blog, Politbistro.

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Les “neurosciences sociales”, une arnaque scientifique ?

Posté par joelgombin le 31 décembre 2008

En bref : une recherche montre que nombre d’articles en neurosciences sociales commettent des erreurs méthodologiques les conduisant à surestimer leurs résultats.

Depuis plusieurs années, se développe très rapidement un nouvel espace de la recherche scientifique, les neurosciences appliquées aux sciences sociales (en raccourci, neurosciences sociales). Il s’agit d’une tentative d’utiliser les acquis des neurosciences (un ensemble assez vaste de recherches sur le fonctionnement du cerveau, notamment, à l’articulation des sciences de la vie et de la psychologie) pour rendre compte de phénomènes tels que les comportements humains, y compris dans leur dimension sociale. A la limite, et certains ne s’en cachent pas, les neurosciences auraient vocation à supplanter les sciences sociales dans leur tâche d’explication du social. Des publications renommées comme Nature ou Science semblent prêter main-forte à cette stratégie impérialiste, en publiant régulièrement des articles  de cette veine (pour ne donner qu’un exemple touchant à mon domaine de compétence, j’ai lu un jour un article dans Science (Oxley, Douglas R. et al. 2008. “Political Attitudes Vary with physiological Traits.” Science 321(5896): 1667-1670) expliquant que “political attitudes vary with physiological traits linked to divergent manners of experiencing and processing  environmental threats”, et donc que les attitudes politiques ont un fondement biologique).

Est-il possible que cet impérialisme, qui a aussi des implications philosophiques, voire politiques (cf. par exemple Tiberghien, G. 2007. “Entre neurosciences et neurophilosophie : la psychologie cognitive et les sciences cognitives.” Psychologie Française 52(3): 279-297), soit parfois malhonnête scientifiquement, alors même qu’il se fonde sur son appartenance aux sciences “dures”, les “vraies”, pour affirmer sa supériorité sur les sciences sociales ? C’est en tout cas ce que suggère un très intéressant article à paraître dans Perspectives on Psychological Science.

Le point de départ de ce papier est l’étonnement des auteurs devant les corrélations étonnament élevées (entre la mesure ou l’automesure d’un trait de personnalité ou d’une émotion et l’activité du cerveau mesurée par imagerie à résonanance magnétique fonctionnelle – fMRI) citées par nombre de papiers dans le domaine (souvent de l’ordre de .8 voire .9). Or, les auteurs vont démontrer statistiquement comment cela est non seulement étonnant, mais même statistiquement impossible, compte tenu des imprécisions de mesure tant du côté de la personnalité, des émotions, des comportements sociaux, etc. que de l’imagerie du cerveau.

Les auteurs entament alors ce qu’on appelle une “méta-analyse” : une analyse des méthodes employées et résultats obtenus par les papiers étudiés. Or, notent-ils, dans la plupart des cas, “the exact methods were simply not made clear in the typically brief and sometimes opaque method sections”. Ils ont alors contacté tous les auteurs de leur corpus d’articles, afin de savoir comment exactement les corrélations en cause ont été obtenues.

Je ne rentre pas ici dans les détails (cela nécessiterait d’expliquer le fonctionnement de la fMRI), mais pour aller vite, l’idée est la suivante plus de la moitié des chercheurs qui ont répondu aux auteurs ont calculé les corrélations reportées sur un ensemble d’observations (sachant que l’utilisation de la fMRI engendre des milliers d’observations par individu étudié) sélectionnées parce qu’elles étaient particulièrement corrélées avec le phénomène observé. Rien d’étonnant alors à ce que les corrélations reportées soient si hautes ! Pour établir une analogie dans un domaine peut-être plus accessible à de nombreux lecteurs de ce blog, tout se passe comme si, souhaitant établir que les hommes de plus d’un mètre quatre-vingt-quinze votent plus Front national que les autres, je n’incluais dans mon étude que des hommes de plus d’un mètre quatre-vingt-quinze votant FN… Eh oui, c’est complètement tautologique. Apparemment, c’est pourtant ce que font certains chercheurs (pourtant reconnus) dans le champ des neurosciences sociales. Comme le notent les auteurs de l’article, “such an analysis… can even produce significant measure out of pure noise”. Les auteurs se sont même amusés à faire une simulation, en tirant au hasard des valeurs, et à en tirer, par cet artifice, une corrélation très élevée…

Le plus intéressant est que les auteurs montrent que la plupart des corrélations les plus élevées (au-delà de .65, environ) rapportées dans des articles de leur corpus sont en fait issues d’analyse souffrant de cette “erreur de non-indépendance”.  Il est impossible de savoir, sans nouvelle analyse des données d’origine, si ces corrélations surévaluées dissimulent une véritable relation (plus faible en réalité) ou sont totalement aléatoires.

Il convient de le préciser : toute la littérature en neurosciences sociales n’est pas concernée par ces erreurs statistiques, et il n’y a pas de raison de penser que de telles erreurs ne se retrouvent pas dans d’autres domaines scientifiques. Mais, en tous les cas, cela invite à relativiser la portée d’un champ de recherche encore assez neuf, dans lequel certains voudraient voir l’avenir des sciences sociales.

EDIT : on me signale la réponse que font un certain nombre d’auteurs mis en cause à Vul et al. : www.bcn-nic.nl/replyVul.pdf.

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De la fraude au Parti socialiste

Posté par joelgombin le 24 novembre 2008

Alors que, comme le remarque Bakchich, aucun journaliste politique ne semblait s’en être avisé auparavant, les médias et Ségolène Royal s’avisent aujourd’hui qu’il pourrait y avoir de la fraude au Parti socialiste (Paul Quinio de Libération nous explique même comment tricher).

Secret de polichinelle bien évidemment : tous ceux qui s’intéressent un peu au PS (ou qui y ont des amis) savent que les scrutins y sont régulièrement entachés d’irrégularité. La réalité est que, dans bon nombre de fédérations, et notamment les plus grosses, c’est l’appareil fédéral qui maîtrise, qui “produit” le vote. Paul Quinio, dans l’article cité, explique comment on peut arranger les chiffres, le soir d’un vote, soit au niveau de la section, soit au niveau de la fédération. De telles histoires m’ont souvent été rapportées, au PS comme dans ses organisations satellites (MJS, UNEF…).

Mais je crois que concentrer sur ces éléments fait manquer l’essentiel, d’autant que compte tenu de l’incertitude forte qui a présidée à ce scrutin, il y avait beaucoup de scrutateurs des divers camps dans les sections et fédérations pour vérifier le bon déroulement des opérations électorales.

En effet, le contrôle le plus important de l’appareil sur la production du vote s’inscrit dans ce que Philippe Juhem appelle la “production notabiliaire du militantisme politique”. Dans un article de la Revue française de science politique (2006, vol. 56, n° 6), cet auteur démontre, chiffres à l’appui, que le parti socialiste est “engendré” par son occupation des collectivités territoriales (municipales en particulier), plutôt que ces succès ne puissent s’expliquer par la force locale du parti. En clair, le fait pour le parti d’occuper les institutions locales lui permettrait alors, grâce aux ressources dont il contrôle la distribution, de recruter un grand nombre d’adhérents.

Philippe Juhem calcule ainsi le rapport entre le nombre d’électeurs de Lionel Jospin dans une commune donnée et le nombre d’adhérents socialistes (ce qu’il appelle la “densité militante” – le terme “militant” me gêne ici en ce qu’il présuppose une activité politique qui me semble douteuse dans bien des cas). Plus ce rapport est faible, et plus il y a un nombre proportionnellement élevé d’adhérents. Ce ratio est très fortement variable (de 1 à 10 dans un même département) et ne peut s’expliquer par de simples variables socio-démographiques. Par contre, Ph. Juhem démontre que ce ratio est une fonction décroissante de la couleur de la municipalité : ce ratio tend à être significativement plus bas dans les communes dont le maire est socialiste que dans les autres.

Ainsi, les communes dont le maire est socialiste depuis 1989 (l’article a été écrit avant 2008), soit 4 % des sections, représentent à elles seules 16,1 % des militants socialistes et présentent un ratio électeurs Jospin/adhérents égal à 23. Pour comparaison, les mairies de gauche non PS (le plus souvent PCF) représentent 7,5 % des sections socialistes mais seulement 4,6 % des adhérents du PS.

Ce qui est plus intéressant encore, c’est l’attitude à l’intérieur du parti de ces adhérents en fonction de la couleur de la municipalité. Ainsi, dans les sections des communes socialistes depuis 1989, la motion Hollande a obtenu en moyenne 76 % des suffrages au congrès de Dijon (moyenne nationale : 60,8 %), et le “oui” l’a emporté à 63,1 % au référendum interne sur le TCE (moyenne nationale : 56,1 %).  Dans les sections de communes gauche non PS, ces chiffres sont respectivement de 54,7 et 49,4 %.

On voit ainsi que lorsque le PS s’installe aux manettes d’une commune, non seulement il fait fortement augmenter les effectifs de sa section, mais en plus ces “troupes” sont fortement légitimistes. En tout cas sur la période étudiée dans l’article de Juhem, caractérisée par le mode de gestion de Hollande, qui s’appuie sur l’appareil plutôt que sur une ou des motions idéologiquement structurées pour dominer le PS.

Là où précisément le congrès de Reims est intéressant, c’est que l’appareil ne s’est pas engagé derrière un seul champion ; au contraire, il est divisé entre trois camps (Delanoë, qui “bénéficie” d’un soutien très tardif de personnalités – Jospin, Hollande… – plutôt que de troupes nombreuses, et qui a lui-même été incapable de “féodaliser” sa fédération, jusqu’à devenir minoritaire dans sa propre section ; Royal qui, dans la continuité de la présidentielle, bénéficie quoiqu’elle en dise du soutien de grosses fédérations notamment du Sud de la France : Bouches-du-Rhône, qui lui apportent au deuxième tour de l’élection du premier secrétaire son plus gros contingent de voix, Hérault – dont le prix s’est payé par une tentative de réhabilitation politique de Frêche par Royal, Aude [77,8 % pour Royal !], fédérations ultra-marines où la fraude semble avérée [plus de 92 % à la Réunion, soit tout de même 1571 voix], fédération du Rhône, etc ; et enfin Aubry, avec évidemment les poids lourds du Nord et du Pas-de-Calais, mais aussi de Seine-Maritime, aportée en dot par Laurent Fabius.). Hamon est sans doute le seul qui avait peu de fédérations pleinement engagées derrière lui, si ce n’est celle des Landes d’Emmanuelli.

Comment comprendre cette fragmentation de l’appareil socialiste, devenu incapable d’assurer sa propre cohésion ? Il me semble que ce phénomène remonte déjà à la primaire socialiste de 2006, où Hollande n’avait pas clairement pris parti et où chacun des candidats (DSK, Fabius, Royal) avait un bout de l’appareil dans sa manche. Au final, fait nouveau au PS, c’est l’ “opinion” (i.e., l’engouement des sondages et des médias) qui a fait la différence en faveur de Royal, par le truchement des cartes à 20 € (Royal doit une fière chandelle à Jack Lang).

Cette fragmentation dès 2006 s’explique à mon sens par le fait que, depuis 2002, le PS s’est retrouvé durablement sans leader naturel : de 1971à 1995, personne n’a pu sérieusement contester le leadership de F. Mitterrand (ce qui n’a pu empêcher les querelles d’héritier, comme à Rennes – mais qui étaient tolérées par le “vieux”, peut-être parec qu’elles ne faisaient que renforcer son leadership) ; par la suite, c’est Jospin qui apparaissait comme le leader naturel. Or, Hollande est apparu comme incapable de “traditionnaliser” son charisme d’institution ; en d’autres termes, il n’a pas su mettre à profit son poste de premier secrétaire pour se forger une stature de dirigeant naturel du PS et donc de candidat en 2007.

Il faut ajouter un élément important et souvent passé inaperçu. En 1997, le PS avait réformé ses statuts pour “présidentialiser” le parti. Ainsi, avant 1997, le premier secrétaire était désigné au sein d’une direction élue à la proportionnelle des courants. Depuis 1997, le premier secrétaire est élu directement par les militants, non pas sur une orientation idéologique, mais sur une personne, dans une élection qui mime l’élection présidentielle sous la Ve République (scrutin uninominal majoritaire à deux tours). Il en est d’ailleurs de même pour les premiers secrétaires fédéraux et les secrétaires de section.

Or, depuis 1997, cette réforme n’avait pas produit ses effets, puisque à chaque fois, Hollande avait été seul en lice (hormis 1997 où Mélenchon, pour le geste, est candidat). Onze ans plus tard, elle produit ses pleins effets : le PS s’est présidentialisé, “cinquième-républiquisé” ; les affrontements peu ou prou idéologiquement justifiés d’autrefois se sont mués en affrontements purement personnels, avec l’élection présidentielle en ligne de mire. Sans l’élection au suffrage direct du premier secrétaire, la situation ubuesque du PS d’aujourd’hui ne se serait jamais produite : un premier secrétaire de consensus aurait été coopté par les différents courants. Ce ne serait peut-être pas préférable, mais au moins le ridicule aurait été évité. La cinquième République a tué le PS.

PS (justement) : on lira aussi avec profit l’ouvrage de Frédéric Sawicki et Rémi Lefebvre, La société des socialistes, aux éditions du Croquant (2006), qui décrit de manière plus qualitative les mêmes logiques de notabilisation, professionalisation et présidentialisation du PS.

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PS – Floride, même combat ?

Posté par joelgombin le 23 novembre 2008

Décidément, le PS ne se sera rien épargné pour ce congrès. La situation politique y est déjà complexe, mais en plus, Ségolène Royal et Martine Aubry obtiennent quasiment le même nombre de voix…

Je ne jouerai pas ici aux Madames Soleil sur l’avenir du PS et de la gauche. J’avoue que je n’en sais rien : il est vrai que le niveau de détestation et de conflit est très haut en ce moment en PS, et en même temps la scission que certains évoquent me semble problématique dans la mesure où on voit mal quel en serait le clivage idéologique et social fondateur.

Nombre d'adhérents par fédération

Nombre d'adhérents par fédération

En attendant, je me suis amusé à regarder un peu les résultats des différents votes des militants. Première surprise : les seules données qu’on peut trouver sont celles relatives au deuxième tour du vote pour le (la) premier(e) secrétaire (si quelqu’un a d’autres données, merci de me le signaler !).

Voici déjà une carte représentant la taille relative de chacune des fédérations. Comme on le sait, la géographie socialiste est un peu particulière : les principales fédérations, outre celles d’Ile-de-France, sont situées dans le Nord-Pas de Calais et au Sud d’une ligne La Rochelle-Genève.

Au total, quelques fédérations concentrent la plus grande part des adhérents du PS. Ainsi, les 6 plus grosses “fédés” (dans l’ordre, Paris, le Pas-de-Calais, le Nord, les Bouches-du-Rhône, l’Hérault et la Haute-Garonne) comptent à elles seules plus de 30 % des adhérents du PS (mais moins de 28 % des votants, ces fédés ayant connu une abstention plus élevée que les autres – particulièrement celle de Paris).

la France des fédérations socialistes

La France des fédérations socialistes

Du coup, la France socialiste n’est pas la France des cartes de géographie. On peut essayer d’en donner une représentation graphique, via un procédé que l’on appelle l’anamorphose : il consiste à donner à chaque territoire (ici, chaque département) une surface proportionnelle à une quantité représentée (ici, le nombre d’adhérents par fédération). Voici à quoi ressemble la France des socialistes.

Une caractéristique marquante de ce deuxième tour est la grande variation du niveau de l’abstention. Ce sont surtout les grosses fédés qui se sont fortement abstenues, comme le montre la carte (et comme le confirme une analyse statistique). L’interprétation n’en est pas aisée : est-ce du fait d’un plus grand nombre de cartes de complaisance dans ces fédés (mais pourquoi faire des cartes de complaisance si on ne les fait pas voter ?) ? S’agit-il de fédérations davantage urbaines, dans lesquelles il serait plus difficile pour certains adhérents de se libérer pour aller voter ? De fédés dans lesquelles Benoît Hamon a réalisé de bons scores et où le report de voix sur Martine Aubry serait mauvais ? Malheureusement, les données dont je dispose ne me permettent pas de répondre.

L'abstention au 2ème tour

L'abstention au 2ème tour

En tout cas, il n’y a pas de corrélation entre l’abstention et l’orientation d’une fédé pour Royal ou Aubry.

La carte suivante montre l’orientation de chacune des fédés. On voit une Royal dont les soutiens dans le parti sont plutôt méridionaux, tandis que sans surprise Aubry trouve surtout ses soutiens au Nord. Autre élément qui saute aux yeux : le relativement faible soutien apporté à Aubry par les fédérations franciliennes lui a coûté cher. La désorganisation du camp delanoïste n’est ainsi pas pour rien dans le syndrome floridien actuel du PS…

La France des deux premières secrétaires

La France des deux premières secrétaires

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Elections US, J-6

Posté par joelgombin le 29 octobre 2008

Les Américains votent dans moins d’une semaine. Tous les sondages, qu’ils portent sur le “vote populaire” ou qu’ils prennent en compte les grands électeurs, donnent Obama gagnant, même s’il est vrai que l’écart est moins spectaculaire qu’il ne l’était il y a quelques jours. Pourtant, beaucoup de gens s’interrogent sur les chances réelles de gagner d’Obama (au-delà de sa capacité à échapper à un assassinat), en particulier à cause du facteur racial.

Une étude menée par des chercheurs de UCLA et de Stanford permettent d’apporter des éléments de réponse à cette question. Il s’agit d’une étude par panel (c’est-à-dire qu’on a réinterrogé le même échantillon d’électeurs à plusieurs reprises dans le temps), d’une ampleur assez impressionante : 20.000 enquêtés, six vagues, depuis décembre 2007 jusqu’à après les élections du 4 novembre. Cette méthodologie nous permet d’en apprendre beaucoup sur l’évolution des préférences affichées des individus au fil du temps, sur le rôle de la campagne, etc. Une partie de l’étude est dédiée à la question de “l’antipathie raciale” envers les Afro-Américains, le but évident étant de mettre celle-ci en relation avec les préférences politiques déclarées. Cette antipathie raciale est mesurée à partir de questions sur les allocations dont bénéficient les Noirs, la discrimination positive, la comparaison avec d’autres minorités ethniques, etc (le détail des questions peut être trouvé à la page 107 de ce livre).

L’impact de ce rapport à la race semble important, comme le soulignent les auteurs de l’étude : il existe un lien fort entre antipathie raciale et choix entre Obama et Hillary Clinton à la primaire parmi les électeurs enregistrés comme démocrates. Plus l’antipathie raciale est forte, moins les électeurs démocrates se portaient vers Obama.

On se souvient que les commentateurs ont beaucoup dit que ces électeurs blancs quelque peu racistes qui avaient choisi H. Clinton préfèreraient voter McCain plutôt qu’Obama. Cela concernait, d’après l’étude, pas moins de 31 % des électeurs qui avaient choisi Clinton dans la primaire.

Là où ça devient intéressant, c’est qu’on apprend que seuls 19 % de ces électeurs (les 31 %) continuent à tenir ce discours aujourd’hui. Plus des deux tiers déclarent qu’ils voteront Obama. Cette donnée suggère que le cours de la campagne, et notamment le fait que le focus se soit déplacé de l’affrontement au sein des démocrates à l’affrontement entre démocrates et républicains, a renforcé le poids des allégeances partisanes, de sorte que chacun revient à son camp initial. Cela confirme ce que j’ai déjà écrit ici concernant le poids de l’identification partisane aux Etats-Unis et le rôle des campagnes électorales (ici, ici et ici). On est là en plein Lazarsfeld !

Autre enseignement, dans le choix entre Obama et McCain, l’attitude à l’égard des Noirs joue également un rôle important. Mais cela est contrecarré par le rôle de l’identification partisane : un Démocrate qui a un niveau assez élevé d’antipathie envers les Noirs a plus de chance de voter Obama que McCain… Au final, je ne suis pas sûr que l’attitude raciale joue un rôle autonome : un électeur qui s’identifie au parti républicain qui a un haut degré d’antipathie raciale envers Obama a de toute façon peu de chance de voter Obama simplement en raison de son identification partisane… Autre élément, depuis Kennedy, l’alignement partisan est déjà pour bonne partie lié à l’attitude envers les Noirs et la question des droits civiques.

Dernier élément qu’on peut retenir de cette étude : les auteurs essaient de mesurer le poids de la couleur de peau d’Obama en demandant aux enquêtés si la couleur d’Obama était un facteur de leur décision. C’est à mon avis une très mauvaise manière de s’y prendre : les raisons des choix des individus sont tout sauf transparentes. Les éléments précédents me semblent plus pertinents et instructifs. Les auteurs essaient de plus d’estimer la proportion d’électeurs “racistes honteux”, dont la décision est prise sur la base de la couleur de peau d’Obama (soit pour voter contre lui, soit en sa faveur) mais qui ne le reconnaissent pas. Ils mettent en place pour cela une méthode d’enquête qui peut paraître astucieuse mais dont je me méfie, car elle rend possible pas mal de perturbations indépendantes de ce qu’on cherche à mesurer (voir le texte pour les détails). Il en ressortirait que ce sont davantage les noirs que les blancs qui votent en fonction de la couleur de peau d’Obama, et que l’âge (élevé) de McCain serait un facteur de choix plus puissant que la couleur de peau d’Obama. Mais, encore une fois, demander aux gens (même indirectement) pourquoi ils votent comme ils le font ne présente à mon sens qu’un intérêt limité dans le cadre d’un sondage : les causes (sociologiques) du vote sont plus intéressantes à rechercher que les raisons (“psychologiques” ou en tout cas alléguées par les individus), qui sont surtout des justifications post hoc.

Au final, mon pronostic est qu’Obama devrait gagner, mais avec une marge plus réduite que celle qu’on lui promet aujourd’hui. Ce ne serait pas une spécificité de cette élection : on observe le plus souvent un écart plus restreint entre les candidats dans les urnes que dans les sondages qui précédent immédiatement le vote.

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Sociologie quantitative et tableaux croisés

Posté par joelgombin le 18 octobre 2008

La sociologie quantitative n’a pas forcément excellente réputation en France aujourd’hui – je précise aujourd’hui, car rappelons-le, les “pères fondateurs” comme Durkheim ou, plus tard, Bourdieu, insistaient beaucoup sur les vertus du chiffre comme opérateur de rupture épistémologique – dit plus simplement, les chiffres peuevnt permettre, dans certaines conditions, de se débarasser de nos préjugés.

Rechercher les raisons de ce désamour des sociologues (et plus encore, des politistes) français pour les méthodologies quantitatives n’est pas l’objet de ce blog, mais mon intuition est que cela est lié au recrutement scolaire des sociologues. Quitte à être caricatural : les sociologues et politistes français sont d’anciens lycéens allergiques aux maths – et inversement, les matheux sont dirigés vers des filières telles que les écoles d’ingénieurs ou de commerce plutôt que de sciences humaines et sociales. Cette intuition trouve d’ailleurs un début de confirmation dans les motivations exprimés par mes étudiants pour avoir choisi un cursus de sociologie politique ou science politique : “je ne voulais plus faire de maths”, me dit un nombre non négigeable d’entre eux… Les collègues qui liraient ce blog sont invités à donner leur avis en commentaire (ou sous forme de post, que je serai heureux de publier !).

Qu’on soit quantitativiste ou pas, on ne peut dès lors que saluer l’initiative d’Olivier Godechot et Pierre Mercklé (à l’origine du site Liens socio : www.liens-socio.org) d’ouvrir un blog intitulé QUANTI. Je cite :

QUANTI a pour objectif de promouvoir et d’accompagner l’utilisation des méthodes quantitatives en sciences sociales. Dans un contexte général marqué par le volume croissant des corpus de données disponibles et le développement de logiciels d’analyse des données plus facilement accessibles, QUANTI se veut un outil d’information, de formation et de réflexion sur les usages des outils, des méthodes et leurs enjeux.

L’un des premiers posts du blog explique comment faire un tableau croisé avec Excel. Gageons que de nombreux étudiants en feront leur miel !

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